Quand j'étais jeune photographe, je rêvais d'avoir un Nikon F3 et il y avait deux raisons à cela, la première était qu'on pouvait démonter le capot d'un F3 et bénéficier d'une visée en plongée sur un dépoli à la manière d'un 6X6 avec un déclencheur malicieusement déporté à la base de l'objectif couplé avec le testeur de profondeur de champ, ce qui était la discrétion même et aussi, moins connu, le système de défilement du film dans le boîtier était fixe et à intervalles on ne peut plus réguliers, ce qui permettait de recharger un film, moyennant un peu de repérage sur l'amorce et de l'exposer exactement aux mêmes endroits de la pellicule que l'exposition précédente. On pouvait aussi faire l'exact contraire en coupant un morceau de l'amorce.
A Portsmouth je gagnais très bien ma vie chez IBM, j'avais un loyer modique, peu de dépenses (la vie en Angleterre alors était très bon marché, je crois comprendre que ce n'est plus du tout le cas), je n'avais pas encore de responsabilités familiales, bref c'est assez rapidement que j'ai pu m'acheter le F3 tant convoité (et en plus ce genre de biens était nettement moins cher en Angleterre qu'en France), et la première chose que j'ai faite en rentrant à la maison avec cet appareil a été de "tester" cette possibilité de recharger le film. C'est cette dizaine de vues.
Superpositions superstitieuses / F3
Portsmouth, 1996
Tirages aux sels d'argent