Vous dites que vous faites, de facto, partie de la Génération Bataclan que c'est un truc qu'on vous a tous collé dessus, sans préavis et, évidemment, sans consentement, et là je peux bien vous comprendre, mes semblables et moi avons été la Génération Malik Oussekine ― par un incroyable hasard, je pense que je fais partie de la poignée de personnes qui l'ont vu une dernière fois en vie, pendant qu'il était déjà trop tard et pourtant peu d'entre nous, même au cœur de cet assassinat pour se réclamer d'une telle génération ― de même nous sommes la génération SIDA − ça c'est déjà nettement plus difficile à éviter comme manteau générationnel ― et un publicitaire bien connu voulait faire de nous la génération Mitterrand. Donc ça, le truc générationnel, je le comprends. Avec retard, mais je le comprends. Le 13 novembre 2015, vous aviez 27 ans. Moi, 50. Et toutes ces personnes qui sont mortes ce funeste jour étaient, comme vous, fort jeunes, elles sortaient de l'enfance en fait, pour beaucoup, à l'image de la petite Lola, 16 ans ― je suis moi-même sorti fort tard de l'enfance, peut-être au moment des manifestations étudiantes de décembre 1986, quand Malik Oussékine est mort sous les coups des CRS, et presque sous nos yeux. Et donc oui, à cet âge-là, celui de l'enfance, on se souvient encore de l'odeur de la gouache et des pastilles de couleur, on se souvient des ritournelles, vous dans l'Est, moi dans le Nord ― Brin y a du brin din tin gardin, ça pue ça sint va tin! Et c'est donc le 13 novembre 2015 que la Génération Bataclan est devenue adulte.
Extrait de la lecture de L'Etreinte par Adrien Genoudet et moi-même.
Rue Monsieur le prince
Paris Le Bouchet de la Lauze, 1988 - 2024
photographie argentique, prolongements numériques