Barbara (Crane) connaissait Chicago comme sa poche, elle y est née et y a toujours plus ou moins vécu, y a étudié et travaillé et surtout elle a photographié cette ville à la fois immense et passionnante dans ses moindres recoins ― par exemple pour sa série du Loop1, elle avait méticuleusement repéré tous les angles qu’elle avait souhaité photographier et s’y rendait aux meilleures heures possibles avec le petit chariot qu’elle s’était fabriqué elle-même pour transporter sa lourde chambre 5’X7’, un monstre que, petite, elle maniait et domptait avec des gestes tellement assurés, je l’ai vue faire plus d’une fois ! ―, ses conseils d’aller à tel ou tel coin de rue à telle ou telle heure n’étaient pas les moins pertinents ― elle m’avait notamment fait cadeau du conseil de me rendre sur les deux ponts de Madison et Washington entre 16 et 18h pour y photographier les foules de banlieusards et d’employées retournant à la gare d’Ogilvie ―, c’était un peu comme si elle avait les clefs de la ville et qu’elle m’en confiait volontiers le trousseau.
Extrait de La Leçon de Barbara dans le catalogue de l'exposition de Barbara Crane à Beaubourg, hiver 2023.
Mon idée, dès le début, en 1989, était de tenter de rapprocher ces personnes banlieusardes courant le soir après le travail dans le froid polaire de Chicago en hiver, vers la train d'Olgilvie où elles attrapaient leur train pour rejoindre leurs banlieues certaines lointaines, en anglais on dit to commute, de rapprocher ces personnes donc avec des images des banlieues en question, photographiées, en noir et blanc, à la chambre 20x25. J'ai longtemps échoué a produire sur la même feuille de tirage l'image en couleur, en Cibachrome (un procédé couleur positif-positif) et les images en noir et blanc issues de négatifs. Ce n'est que très récemment, en 2024, grâce au numérique que je suis parvenu à réaliser cette série telle que je l'entendais jeune homme de 24 ans.
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Chicago, 1989
Tirages aux sels d'argent