A la foire du trône voisine de mon apparemment avenue Daumesnil, j'ai un jour gagné un poison rouge au tir, je suis assez bon au tir, je lui ai acheté un bocal et je lui ai donné des daphnées tous les jours, tous les deux ou trois jours je changeais son eau et je coupais l'eau du robinet avec de l'eau en bouteille, bref je prenais soin de lui, son bocal était posé sur le manteau de la cheminée, jamais trop proche d'une source de chaleur. Quand des proches et des amies passaient à la maison, ce n'était pas rare qu'ils et elles s'émeuvent de la situation pas fameuse de cette petite comète, c'est le nom de ce genre de poisson rouge, je l'ai donc appelé Halley. Mon pauvre poisson rouge seul dans son aquarium vide, il devait déprimer ! il était frappant pour moi de remarquer que Halley bénéficiait d'une compassion plus naturelle quant aux risques de sa dépression que moi tout aussi seul et dont le bocal était à peine plus grand et pas beaucoup plus meublé.
Je remarque aujourd'hui que la claudication arthritique de mon chien Laïko saute aux yeux de toutes et tous et personne ne remarque jamais la mienne, pour les mêmes raisons d'arthrose.
Extrait de Frôlé par un V1
Je déteste absolument le tir. Le tir avec des armes à feu. Pourtant il paraît que je suis doué pour cela. Ce sont des militaires qui me l'ont dit. J’excelle au pistolet mitrailleur. Au pistolet mitrailleur j'ai des doigts de fée. C'est ce que disaient les sous-officiers. Pendant mon service militaire. J'étais apparemment capable d'une prouesse, le tir balle à balle. Les entraînements trimestriels de tir au pistolet mitrailleur auxquels nous étions astreints se passaient à la base aérienne de Villacoublay. Dans un immense stand de tir. Une manière de blockhaus longiforme, des murs en béton armé, gris, très gris, au sol de la terre battue, une pénombre rare donnait une lugubre impression de couloir au champ de tir, au bout duquel se trouvaient les potences sur lesquelles étaient affichées les cibles, en pleine lumière rasante, éclairées par un puits de lumière au dessus d'elles. L'écho sans fin du crépitement des pistolet-mitrailleurs et qui perdurait encore longtemps après l'ordre de cessez-le-feu. L'odeur âcre de la poudre aussi. J'étais toujours le dernier à vider consciencieusement mon chargeur, balle à balle, le métal froid contre la joue. On s’enrhumait facilement entre ces murs humides.
Des années plus tard, j'ai vu à la télévision, un soir tard, L'Armée des ombres de Jean-Pierre Melville. Lorsque le personnage interprété par Lino Ventura est mené dans un stand de tir avec ses compagnons d'infortune. La règle du jeu est simple, expliquée par l'officier SS, parmi tous ces hommes condamnés, un seul sera épargné, le premier arrivé au bout du couloir, il aura gagné le droit de participer à la prochaine fusillade. L'ordre de feu est donné. Le personnage de Lino Ventura ne court pas, parce qu'il a compris que c'était un jeu à la con.
La scéne, j'en suis certain, a été filmée au stand de tir la base aérienne de Villacoublay, qui jouxte aujourd'hui l'autoroute A86 au Sud-Ouest de Paris. À la place de cette autoroute il y avait autrefois une route bordée de marronniers à l'ombre desquels le personnage de Simone Signoret complotait une tentative d'évasion, dans une traction avant noire prête pour la fuite.
Nous, c'était le car qui nous ramenait à Balard.
Halley
Paris, 1994
Polaroids