Vladimir le disque dur
Vladimir

l'Autoportrait de la pensée par elle-même

Paris, 1993

Polaroids (projections de reproductions d'images de scanner cérébral vie un projecteur de diapositives, c'était une autre époque bien sûr !)

Un jour de 93, j'ai installé une nouvelle étagère dans le labo-photo. Le lendemain, je m'y enfermais pour développer des films et dans le noir, j'avais oublié tout à fait la présence de la nouvelle étagère, et, de fait, m'avançant vivement, je me suis cogné la tête avec force sur son angle, je me suis assommé. J'ai repris conscience, toujours dans le noir total, et j'ai eu beaucoup de mal à m'extraire de la situation : où étais-je ? pourquoi faisait-il si noir ? qu'est-ce qui s'est passé? L'obscurité n'est pas la plus favorable des ambiances pour reprendre conscience et il ne faut pas être doué de beaucoup d'imagination pour envisager le pire, voire la fin : et si c'était ça le fameux trou noir ? dans lequel on vient de tomber comme dans une conduite d'égout béante, l’égoutier ayant oublié de rabattre la lourde plaque de fonte, le tunnel sans fin, la ténèbre éternelle et toutes ces métaphores peu réjouissantes? C'est l'odeur acre de l'hyposulfite qui m'a remis sur la voie, et j'ai même eu le sang-froid, me relevant, de m'assurer qu'aucun support photosensible n'était sorti avant de rallumer. Plus tard, des maux de tête insidieux rendaient ma soirée pénible, de même que des vomissements achevèrent de gâcher ma nuit. Le lendemain j'ai pris rendez-vous chez le médecin qui m'a envoyé faire un scanner.


On m'a engouffré dans le cylindre du scanner. Une fois, dans le cylindre, encouragé que je l'étais, par la radiologue, à me détendre, je laissais ma pensée vagabonder et j'ai, de fait, eu l'idée de reprographier les images du scan de mon cerveau qui étaient produites au moment même, puis de les projeter, sur mon visage. Je suis sorti hilare du cylindre, parce que je venais de réaliser que les images qui avaient tout juste été capturées de mon cerveau, avaient précisèrent été enregistrées tandis que je pensais à elles telles qu'elles seraient projetées sur mon visage. Si le scanner (qui enregistre donc les activités du cerveau) avait effectivement enregistré mon activité cérébrale produisant mentalement de telles images, il n'était pas faux de dire que ces images étaient l'autoportrait de la pensée elle-même.

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